Etre mère : les prochaines Journées de la Cause Freudienne

Posté le 1 novembre 2014

Les 44 èmes Journées de l’Ecole de la Cause Freudienne se dérouleront les 15 et 16 novembre prochain à Paris. Elles ont pour thème : « Etre mère », fantasmes de maternité en psychanalyse.

Un thème et des entretiens avec des femmes politiques ( Catherine Trautmann, Nathalie Griesbeck…) pour préparer à cette réflexion. Retrouvez ci-dessous l’interview de Florence Lhote, réalisée par Isabelle Galland et Thierry Nussberger :

 

« Être mère est éminemment politique »

 Florence Lhote 2

Florence Lhote, femme politique, s’est présentée comme tête de liste des « Féministes Pour une Europe Solidaire » de la région Est, lors des élections européennes de juin 2014. Ce mouvement milite pour le droit des femmes en s’appuyant principalement sur la parité homme-femme. Elle est chargée d’enseignement à l’université de Lorraine et est écrivaine.

Que dit votre mouvement à propos de la question d’être mère ?

Nous sommes dans une ouverture, dans la question du choix. Nous voulons que les femmes puissent être mères comme elles le souhaitent et quand elles le souhaitent. Il n’y a pas pour nous un modèle de mère, mais plusieurs façons de l’être. La société doit s’enrichir de cette diversité. Il n’y a ni à ériger en dogme un modèle de parentalité ni à opposer les choix des uns à ceux des autres. Au fond, être mère est toujours quelque chose d’éminemment personnel et politique.

Nous avons fait le constat d’une régression autour de ces questions de parentalité en Europe et notamment sur l’adoption. Notre mouvement souhaite cette coexistence de plusieurs modèles en autorisant l’adoption à des couples homosexuels par exemple, ce qui n’est pour l’instant pas le cas. Il y a encore de multiples résistances à ce changement dans la façon de concevoir la famille.

Les médias parlent davantage de féminisme ces dernières années. Cela est positif, même si cette étiquette est très générale et regroupe en réalité divers aspects des mouvements d’émancipation pour les femmes et l’égalité. Si les Femen, par exemple, ont eu le mérite d’attirer l’attention sur ces questions, nous nous situons dans une autre logique : celle de la construction de la société de demain par une expertise au regard de l’égalité femmes / hommes et de propositions concrètes. Nous nous inscrivons dans un enjeu de société.

Que pensez-vous de ceux qui s’opposent à l’adoption – ou à l’ouverture de l’Aide médicale à la procréation – pour les homosexuels en argumentant qu’un enfant a besoin d’un père et d’une mère ?

C’est l’idée de l’évidence du naturalisme : il faut un père et une mère pour un enfant. Nous pensons qu’au XXIe siècle il peut y avoir une coexistence de plusieurs modèles et non plus des places déterminées assignées aux hommes et aux femmes.

À propos de la gestation pour autrui, cela soulève de nombreuses questions éthiques et morales, notamment celle de la marchandisation du corps des femmes. L’argent ne doit en aucun cas s’immiscer dans cela. Cette question, délicate, mérite une attention soutenue et ce dans un souci d’égalité. Sinon, des femmes en grande difficulté financière pourraient être tentées d’y avoir recours et cela introduirait un biais dangereux pour l’enfant, la mère et ceux qui se destinent à l’élever, les parents d’adoption.

Pensez-vous que l’idée de mère a changé au XXIe siècle ?

Aujourd’hui, on observe une sacralisation de la mère ; on souhaite lui assigner une certaine place. Notre mouvement observe un retour en arrière : l’idée est de faire revenir les femmes à la maison. Les femmes elles-mêmes peuvent parfois intérioriser ces discours. Il y a un tel écart au niveau des salaires entre hommes et femmes dans certains secteurs et une telle difficulté à accéder à des postes à responsabilités que la situation de l’emploi pour les femmes n’est pas forcément évidente. Au fond, est-ce que la société nous donne vraiment la possibilité de nous épanouir en travaillant tout en étant mère ? Cela n’est pas si simple.

On a vu lors des dernières élections européennes un désinvestissement des jeunes pour les urnes. Certaines jeunes femmes ont peut-être le sentiment que beaucoup de choses ont été réalisées ces cinquante dernières années et ne perçoivent pas la menace qui pèse actuellement sur ces acquis. Mais les acquis se défendent chaque jour. Peut-être que ce retour en arrière, dont on parlait tout à l’heure, est aussi dû à un manque de conscience citoyenne, à un désinvestissement du champ du politique. Ce désinvestissement s’explique aussi par le manque de confiance des Français vis-à-vis de leurs représentants politiques. C’est pour cela qu’il faut une troisième voie, citoyenne, ouverte et qui donne à nouveau espoir et confiance.

Que vous inspire le thème de ces Journées de l’ECF, Être mère ?

La psychanalyse est une valeur importante pour mieux comprendre la société dans laquelle nous vivons. Cela permet de se situer et de réfléchir sur soi. Dans l’idée de maternité la psychanalyse est fondamentale. Souvent, on croit investir un désir de maternité alors que d’autres l’investissent à notre place. Ce sont ces chaînes qu’aide à défaire la psychanalyse. Et puis avant d’être mère, c’est bien de savoir qui on est, d’avoir le sentiment de s’être accompli. La psychanalyse contribue à cette meilleure connaissance de soi. Je pense qu’on est meilleur parent quand on se connaît soi-même.

Le fait de devenir mère me semble plus une construction qu’un instinct maternel – au même titre que pour les hommes. L’instinct maternel a été inventé pour faire régner l’ordre social. Dans le même temps, cela crée des inégalités. Proposer un congé parental obligatoire pour les hommes comme pour les femmes permet de rééquilibrer ce rapport à l’enfant. C’est une façon de ne discriminer ni l’homme ni la femme face au travail comme c’est le cas dans la plupart des pays du Nord, très en avance sur nous pour l’égalité.

Propos recueillis par Isabelle Galland et Thierry Nussberger

http://www.journeesecf.fr/

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