Job de strip-teaseuse à Pôle emploi : l’exploitation de la détresse – leplus-nouvelobs.com – Dom B.

Posté le 18 mai 2012

C’est la crise, ma bonne dame, on ne vous l’a pas dit ? Aujourd’hui, dégoter un CDI devient plus difficile que d’attraper le Saint Graal avec les dents, les bras attachés dans le dos.

C’est la crise, et elle justifie donc qu’on ne soit pas très regardant sur les propositions d’emploi offertes, les temps sont durs, ma bonne dame. Aujourd’hui, si on te propose un boulot, quel qu’il soit, tu t’assieds sur ta dignité et tes ambitions et tu dis oui ? Après tout, beaucoup pensent que si on est au chômage, c’est que quelque part, on le veut bien. Après tout, du boulot, il y en a, suffit de vouloir bosser, vraiment.

Une agence de Pôle Emploi à Reims, le 27 décembre 2011 AFP/FRANCOIS NASCIMBENI

Une agence de Pôle Emploi à Reims, le 27 décembre 2011 (FRANCOIS NASCIMBENI/AFP)

Job de strip-teaseuse proposé à une éducatrice : un bug ?

Et Pôle Emploi semble avoir la solution, que l’on soit jeune ou vieux, expérimenté ou pas, cet organisme d’état peut vous trouver un travail, à tout prix ; il ne se prive d’ailleurs pas d’en proposer. Et après tout, ils sont là pour cela.

Comme le boulot proposé à Danielle, 53 ans et éducatrice de son état, à qui Pôle Emploi vient de proposer le travail rémunérateur de strip-teaseuse.

Comme quoi l’éducation, quand elle est bien faite, ça mène à tout.

L’offre en question, la voici :

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 Capture d’écran / pole-emploi.fr

Attention, là on ne parle pas d’un CDI à 450.000 euros par an, faut pas abuser : non, tout juste un pauvre CDD de trois mois à 12.99 € de l’heure. (c’est comme pour les prix dans les supermarchés, ça ne peut pas être 13 euros, non, ça ne peut pas).

On appréciera la conversion en francs, signe que Pôle Emploi vit bien avec son temps, et on appréciera aussi la mention « primes » qui laisse espérer des avantages succincts, sans préciser si ils seront en « rabbits » en « canards » ou en « tickets restau ».

Là, forcément, on se dit qu’il y a une baleine dans le potage, et que Pôle Emploi, victime de son succès et de ses sous-effectifs, a du bugger quelque part : imaginer qu’une femme de 53 ans dont le métier est d’être éducatrice, et qui n’a rien demandé, puisse être la candidate idéale pour aller exhiber son derrière sur une scène en faisant du pole dance ne peut être qu’une erreur informatique. Allez, soyons fous, on leur accorde même l’erreur humaine.

Pas d’erreur : l’offre a sciemment été envoyée à Danielle

Ben non. Même pas. Selon le Directeur Régional, c’est normal, tout est sous contrôle.

Là, on se dit que c’est un cas isolé, que Pôle Emploi ne peut pas ainsi faire le lit de la misère humaine en proposant ce type d’offres à des femmes qui n’ont jamais prétendu vouloir devenir strip-teaseuse.

Ben non. Même pas.

Une autre femme, plus jeune, s’est vue elle aussi proposer un boulot de strip-teaseuse, avec webcam et nuisette incorporées, pour un mirifique salaire de 1 400 € à 2 000 € avec des primes, oui, mais attention, en CDI cette fois. La demoiselle, webmaster de son état, pensait postuler pour un job de télé-animatrice rose, Pôle Emploi lui propose donc de s’effeuiller.

A ceux qui pourraient s’étonner que Pôle Emploi propose ce type d’annonces, il faut savoir qu’elles sont tout à fait légales, et qu’il existe même un code ROME, vous savez ces numéros magiques qui référencent tous les métiers, qui lui est rattaché. Ce Code,c’est le L1201, et la fiche qui définit le poste de « strip-teaseur » (notons au passage que le métier est défini au masculin) est la suivante :

« Conçoit et/ou interprète des oeuvres chorégraphiques (ballet classique, chorégraphie contemporaine, …), selon le projet artistique défini par une école, une compagnie de danse et les impératifs de programmation.  Peut effectuer la notation d’une chorégraphie »

Aucune mention de déshabillage, de nudité ou d’effeuillage, les seules compétences exigées sont les suivantes :

- Pratique de chant

- Pratique d’instrument de musique

- Pratique d’art dramatique

- Répertoire d’oeuvres classiques

- Répertoire d’oeuvres contemporaines

- Techniques de maquillage

- Techniques de coiffage

Il ne s’agit pas de décrier ce métier au nom de la morale : après tout, chacun et chacune est bien libre de faire ce qu’il ou elle veut de ses fesses. Le problème est ailleurs, et réside dans le fait d’être de trouver normal de proposer à des femmes d’aller se mettre nues en public, quand elles attendent des offres dans le métier pour lequel elles sont formées (et non, ce n’est pas de l’ironie).

Un vrai problème de fond, et d’exploitation de la détresse

De là, on se pose des questions : est-il possible que ces deux femmes aient pu, à un moment ou un autre, laisser croire que se mettre à poil en boîte de nuit ou devant une webcam entrait dans leur critères de recherche d’emploi ?

Et surtout, celui, ou celle qui leur a proposé ce type de boulot était-il inconscient ? idiot ? je-m’en-foutiste ? Ou avait-il juste fumé la moquette et trouvé cela marrant ?

Est-ce la politique du chiffre qui provoque ce type de dérapage ? Les sous-effectifs expliquent-ils à eux seuls que l’on puisse proposer ce type d’emploi à des personnes qui n’ont certainement rien demandé ?

Elles ont refusé cette offre : par conséquent, Pôle Emploi estime-t-il qu’il s’agissait là d’une offre d’emploi « raisonnable » ? Et à ce titre, pourrait-il, soyons cyniques, radier ces personnes au bout de deux offres refusées ?

Normalement non, puisque l’offre doit correspondre aux critères de recherche, ce qui n’est visiblement pas le cas. Mais d’une agence capable de ce genre de choses, on s’attend à pire.

Les conseillers n’ont plus le temps de chercher des annonces, et c’est légal, répondent Pôle Emploi et le syndicat SNU. Certes, mais la misère humaine a t-elle si peu d’importance qu’on puisse ainsi sauter dessus à pieds joints ?

Car au final, la question la plus importante, c’est de savoir ce qui se passera quand un jour, une femme, une autre, plus désespérée, plus isolée, plus vulnérable, n’aura plus les moyens de dire non.

Par leplus-nouvelobs.com – Dom B.

Un commentaire pour « Job de strip-teaseuse à Pôle emploi : l’exploitation de la détresse – leplus-nouvelobs.com – Dom B. »

  1.  
    DU SARTZ DE VIGNEULLES Marie-Anne
    19 mai, 2012 | 21:45
     

    C’est sur que bon c’est un emploi un peu particulier, vu que c’est atteinte à la pudeur de la femme! Pas tout le monde pourrait se montrer de cette façon devant un public! C’est aussi toucher les valeurs morales ou religieuses des femmes…

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