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Archive pour November 2010

“Ronde” ne signifierait-il pas la même chose dans les magasines que dans la vraie vie ? …

Trouvé sur le blog “De l’autre côté des cailloux” (lien cliquable) 

Un jour j’ai entendu cette affirmation truculente :
- Monica Bellucci, quel Botéro magnifique !
Permettez-moi de tomber sur le cul et de m’insurger.

Monica Bellucci & Botero, mai 2010
Monica Bellucci  (1m77, 89-60-89, 65 kg) versus une muse de Botéro (NC)

 

Prenons les dernières statistiques :

corps et poids, mai 2010
(image trouvée dans je ne sais plus quel magazine – tableau from ZeOuèbe)

On peut constater que la plupart des femmes se trouvent des kilos en trop.

Mais on nous le clame partout ces derniers temps sans équivoque :
- La revanche des rondes !
- Les rondes prennent le pouvoir !
- Ronde et belle ! (titrant par exemple une photo de Madame Bellucci…)

Vous aurez compris que le mot-clé est “ronde”.
Autre terme pour dire quasi-obèse en magazineries mais qui signifie “normale” dans la vraie vie. Voyez plutôt :

 

Jessica Simpson, mai 2010
Lorsque la chanteuse Jessica Simpson a pris du poids, le web s’est déchainé. C’est très facile de comparer deux photos d’une même personne qui a pris 3 ou 4 tailles, en effet. Sauf qu’il serait bon de réaliser que sur la deuxième photo, cette femme est parfaitement normale. Curieusement habillée, certes, mais normale.

Comparons ce qui est comparable. Voici 4 femmes mesurant 1m75 environ :

poids - tailles - mensurations, mai 2010

Comme disant les magazines : Revanche des rondes ! Regardez Tara Lynn, Crystal Renn, de “vraies” pulpeuses  ! Oui, mais non. La moyenne des femmes est de 1m63, pas 1m75. Donc tu dois tout tasser de 12 centimètres.
Alors on te sort le joker ultime : Beth Ditto.

Beth Ditto, mai 2010
Qui a vraiment un petit quelque chose de Botéro, elle.

Beth Ditto & Botéro, mai 2010

Mais je le demande avec sincérité : tout ceci n’est-il pas du foutage de djeule teinté de fauxCuïsme Snobinard ?

(PS : avec ce genre d’article, je ne me fais en général pas des ami(e)s. Mais ça fait du bien, alors tant pis.)

 

Cali Rezo, blog “De l’autre côté des cailloux”, mai 2010.



Le viol en questions

Voici un extrait des questions-réponses d’un chat organisé par lemonde.fr entre Clémentine Autain, fondatrice de l’association Mix-Cités et directrice du mensuel “Regards”, et des anonymes, ayant pour thème le viol sur les femmes. Elle est également signataire de la pétition “Contre le viol” dont nous parlons plus bas sur le blog.

Le viol en questions 1444564_5_af15_clementine-autain-fondatrice-de-mix-cite

Guest : Les victimes vivent souvent leur viol comme une violence légitime. Comment rendre cette violence totalement illégitime ? Avez-vous des solutions ? Des idées de nouvelles méthodes de prévention, de répression ?

Clémentine Autain : D’abord, il faut briser le silence. Les femmes ont du mal à parler parce que la société n’est pas prête à les entendre. Le viol a cette particularité d’être un crime dans lequel la victime se sent coupable.

Les méthodes de prévention doivent prendre en compte la dimension des rapports sociaux entre les sexes. On considère trop souvent les violeurs comme des malades mentaux. Or le viol est un acte de domination. Il n’y a pas de méthode miracle. Mais les pouvoirs publics doivent mener un travail de sensibilisation d’une tout autre ampleur.

La loi du 9 juillet 2010 est un point d’appui. A l’école, il faut parler de sexualité, du corps, de la mixité hommes-femmes. Mais tout ne passera pas par là. La mobilisation féministe doit continuer, s’amplifier. Bien sûr qu’il faut de la répression. Mais je crois que les lois sont déjà sévères. La question est celle de leur application et de la réflexion sur le traitement des violeurs.

 

Soph : Comment sait-on que tant de viols ne sont pas déclarés ?

Parce que la permanence téléphonique mise en place depuis des années pour répondre aux victimes de viol en témoigne. Et que l’enquête ENVEFF (sur les violences faites aux femmes), parmi d’autres, a démontré le grand écart entre les plaintes et les viols commis. Les femmes n’osent pas franchir le seuil de la police.

La campagne sur le viol évoque un chiffre : 75 000 viols ou tentatives de viols seraient commis en France chaque année. On dit un viol tous les quarts d’heure, grosso modo. L’horreur. Or, les plaintes augmentent mais sont encore très en-deçà. C’est de l’ordre d’une femme sur dix qui porte plainte.

Pourquoi ne le font-elles pas plus ? Pour pleins de raisons. Parce qu’elles ont honte. Parce qu’elles ont peur. Parce qu’il n’est pas facile de raconter dans un froid bureau devant un inconnu les détails crus d’un viol. Parce que la moitié des viols sont commis par une personne connue, ce qui complique considérablement le recours à la justice.

 

Catherine :  La loi votée en juillet facilitant le dépôt de plainte pour les femmes victimes de violences a-t-elle changé quelque chose ?

La loi renforce la formation des personnels de police. Par ailleurs, il est dit que la victime doit être reçue seule dans un bureau, demander à être auditionnée par une femme et un autre policier peut être présent. L’impact de l’application de la loi de juillet 2010 est difficile à mesurer, c’est un peu tôt… mais je crois qu’on avance.

Il faut être extrêmement vigilant-e-s et ne pas relâcher la pression et l’attention, vu l’ampleur du problème.

 

Fabrice BM : Pensez-vous qu’une plus grande sévérité des peines à l’encontre des violeurs pourrait changer la donne ?

Non, je ne le crois pas. Pas plus que pour d’autres crimes et délits. Il a été fondamental que le viol soit défini comme un crime. Les peines sont lourdes. L’essentiel est que la loi soit appliquée. Et pour cela, il faut que les femmes portent plainte. C’est là l’enjeu majeur : libérer la parole, faciliter le parcours de ces femmes, former toujours plus l’ensemble des personnels que rencontreront les victimes.

 

Marine : Porter plainte, est-ce toujours la seule solution envisagée pour se reconstruire ?

Ma conviction, c’est que c’est une étape essentielle du chemin de reconstruction. Cela permet de poser les choses, il y a une victime et un coupable. En espérant que la procédure et le jugement permettront d’avancer dans ce sens, ce qui, malheureusement, n’est pas toujours le cas devant la difficulté à établir des preuves.

Par ailleurs, la plainte est le moyen de repérer les violeurs, et donc potentiellement de les mettre hors d’état de nuire. J’ai été victime d’un violeur multirécidiviste. Il a avoué avoir violé une trentaine de femmes. Au procès, nous n’étions que trois. Comment ne pas se dire que si toutes les femmes avaient pu se rendre au commissariat, cet homme aurait sans doute été interpellé plus tôt ?

Je ne veux absolument pas culpabiliser celles qui n’ont pas réussi à pousser la porte du commissariat. Mais je veux dire aux femmes victimes que ce processus est salvateur pour elles et pour les autres femmes. Oui, la plainte est un moment qui contribue à réparer ce qui peut l’être. Après, cela ne suffit pas. Des groupes de parole, une thérapie, du temps, de bonnes rencontres…  Il faut tout cela, et plus encore, pour avoir la force de se reconstruire. Mais pour y arriver, il faut savoir que c’est possible. Je le redis, il est possible de vivre et non de survivre après un viol.

 

Marion : Y a-t-il un lien entre le niveau socioculturel et la fréquence des violences faites aux femmes ?

Les hommes violents peuvent se recruter dans toutes les catégories sociales. Il y a des médecins, des militaires, des députés qui violent des femmes, qui violentent à mort leur femme. Mais un mauvais terreau social peut nourrir les passages à l’acte. On sait que l’alcoolisme ou le chômage peuvent favoriser des comportements machistes et violents.

Du côté des femmes, la dimension socioculturelle peut également jouer. Plus les femmes sont dépendantes de leur mari, par exemple, plus elles sont des proies potentielles. Les femmes au foyer ou les femmes sans papiers ont objectivement plus de mal à se défendre face à un mari violent.

Je recommande d’ailleurs la lecture de l’enquête de Natacha Henry sur les violences conjugales, Frapper n’est pas aimer, qui vient de paraître chez Denoël. C’est éclairant aussi de ce point de vue. Et passionnant.

 

Trafalgar : Ne pensez-vous pas que la vulgarité de certains “comiques” ou l’attitude de certains animateurs de télévision à l’égard des femmes est un encouragement à traiter les femmes comme des objets ?

Bien sûr ! C’est l’image des femmes dans toute la société qui est en cause. Les féministes font le lien entre les blagues sexistes, les temps partiels imposés pour les femmes, leur sous-représentation dans les instances de direction des entreprises ou en politique, et les viols.

Combattre le viol, c’est s’attaquer à la domination masculine.

 

Marie : Le viol existe-t-il dans le couple?

Oui. Et je précise qu’il existe juridiquement. Très souvent, le viol fait partie du quotidien des femmes victimes de violences conjugales. Mais les mots ne sont pas toujours mis pour qualifier ces viols. Quand une femme ne veut pas faire l’amour avec son mari et qu’il la force, c’est un viol. Il y a bien sûr un phénomène qui se produit souvent, de l’ordre du consentement. Pour éviter un coup, des femmes préfèrent l’acte sexuel, fut-il sans désir.

 

Julien : Il ne faut pas oublier que certains hommes peuvent également être violés par des femmes…

Il ne faut pas l’oublier, en effet, même si l’écrasante majorité des victimes sont des femmes. De plus en plus d’hommes osent parler. Il faut encourager cette parole, qui n’est pas facile. Des hommes appellent à la permanence téléphonique pour demander si, alors qu’ils ont eu une érection, on peut considérer qu’il s’agit d’un viol. Evidemment, oui. Mais on imagine dès lors combien cela peut être confus dans la tête… Et le modèle de virilité est en cause, pour soi et vis-à-vis des autres.

Il faut vraiment déconstruire ces modèles qui aliènent et façonnent nos destins et nos désirs.

 

Löns : Que pensez-vous de l’influence de la mode ? Je réside en Nouvelle-Calédonie, où la mode est au toujours plus court… Est-ce irresponsable de la part d’une jeune femme de tenter de correspondre aux canons de la mode ?

Au secours ! Je revendique le droit pour les femmes de se promener en mini-jupe si bon leur semble à 3 heures du matin dans la rue sans courir le risque d’être violée. Cela s’appelle la liberté. Maintenant, que les tenues vestimentaires des femmes et des hommes participent de la construction des identités et des inégalités, je suis bien d’accord. A quand les hommes en jupe ?

 

Danielle :  Les femmes elles-mêmes participent à la propagation des idées sexistes, les transmettent à leurs enfants, ne faudrait-il pas arrêter d’opposer, de manière simpliste, les hommes toujours dans le rôle de macho, voire d’agresseurs, et les femmes toujours dans celui de victimes ?

L’histoire pèse malheureusement de tout son poids en faveur d’une hiérarchie des rapports sociaux entre les sexes. On ne se débarrasse pas comme ça de siècles et de siècles de patriarcat… Du coup, il n’y a pas de symétrie entre hommes et femmes. Aujourd’hui encore, il y a bien du masculin qui domine et du féminin qui est asservi.

Hommes et femmes doivent s’émanciper de ces modèles de virilité et de masculinité, à partir desquels la société produit des discriminations, des inégalités et des violences. Pour se faire, les femmes doivent reconnaître qu’elles sont victimes, réelles ou potentielles. Le reconnaître, c’est douloureux, mais indispensable pour combattre les mécanismes de la domination.

Cela ne veut pas dire que tous les hommes, à tous moments, sont de fieffés salauds et que les femmes, toutes et à chaque instant, sont des victimes. Nuance. Mais ne balayons pas d’un revers de manche les mécanismes sociaux de fond.

 

Sophie : Regrettez-vous l’abandon du secrétariat d’Etat à la famille dans la nouvelle structure gouvernementale ?

Les féministes revendiquent un ministère des droits des femmes, avec de réels moyens pour agir. Je n’attendais rien de ce gouvernement. Je souhaite en revanche qu’à gauche, on se muscle sur cet enjeu. Car l’égalité entre les sexes semble devenir consensuelle. Elle ne l’est pas tant que ça. Il faut retrouver le tranchant du féminisme.

Chat modéré par Olivier Biffaud et Emmanuelle Chevallereau, lemonde.fr



25 novembre 2010 : Première journée de lutte contre les violences faites aux femmes

On croyait ce phénomène moindre dans nos sociétés modernes … pourtant, en 2009, le chiffre des femmes battues ou violées a explosé. Vingt mille femmes de plus qu’en 2008 ont déclaré avoir subi des violences, soit 654000 victimes en tout, la moitié ayant subi cela au sein même de leur foyer. Et 140 d’entre elles ont trouvé la mort sous leurs coups. Ce qui représente une femme tuée tous les deux jours et demi.

C’est pourquoi la lutte contre les violences faites aux femme a été déclarée “cause nationale 2010″ par le gouvernement.

Retour sur les mesures prises cette année …

Le 9 juillet, une loi a été promulguée pour commencer le combat, et la première action a été de sacrer le 25 novembre de chaque année Journée nationale de sensibilisation contre les violences faites aux femmes, même date que celle qui avait été choisie à l’international par l’ONU.

Des spots télévisés et des messages radio ont été diffusés sur les grandes chaînes tout au long de l’année.

 

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Le 5 octobre, un décret protège les femmes qui fuient leur foyer à cause de violences et leur donne droit à une protection avant même qu’elles aient porté plainte, mesure qui est la bienvenue, car jusqu’ici, une femme battue par son conjoint devait continuer à vivre sous le même toît que lui jusqu’à une décision de justice, qui pouvait mettre des mois, voire des années à arriver … ce dispositif d’urgence prévoit aussi l’attribution d’un nouveau logement, dont l’adresse sera dissimulée s’il en est besoin, l’exercice de l’autorité parentale, une contribution financière aux charges du divorce, …

Et enfin, cette semaine, le Collectif national pour les droits des femmes a créé un comité de vigilance de la loi de juillet 2010, composé d’avocats, de parlementaires et d’associations, qui sera chargé de veiller au bon fonctionnement des mesures et à leur respect.

 

Quelques actions aujourd’hui …

Comme nous l’avions annoncé hier sur le blog, l’association Ni putes ni soumises lance l’opération “En jupe et pas soumises” et appelle les femmes à porter une jupe envers et contre tout aujourd’hui. 147 000 d’entre elles ont répondu présentes sur la page créée spécialement pour l’occasion sur Facebook.

 

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Une mise en enchères de jupes portées par des femmes connues (Carole Bouquet, Claire Chazal, Sophie Marceau, Audrey Pulvar, Elisabeth Badinter, Amélie Nothomb ou encore Zazie) est organisée à Paris pour financer le loyer d’appartements-relais pour les femmes qui doivent fuir leur foyer à cause de violences.

Une campagne contre le viol a également été lancée sous le slogan “La honte doit changer de camp”, accompagnée d’un site de renseignements (www.contreleviol.fr), d’une pétition à signer pour que les victimes soient mieux protégées et reconnues (sur le même site) et de trois spots télévisés. Une lutte qui n’est pas moindre puisque selon les associations Osez le féminisme !, Collectif féministe contre le viol et Mix-Cités, 200 femmes en moyenne sont violées chaque jour, soit 73 000 par an ; il s’agit dans huit cas sur dix d’hommes qu’elles connaissent et ceux ci ne sont que rarement condamnés. On pense de plus que seulement une femme violée sur dix porte plainte !

 

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Je conseille enfin l’émission de radio de Michel Field qui a été diffusée hier, où ce thème est développé autour de Isabelle Fromont, auteur de Moi, femme battue chez Alphée, Françoise Brié, vice-présidente de la Fédération Nationale Solidarité Femmes, Docteur Gilles Lazimi, médecin, directeur du centre municipal de santé de Romainville et administrateur de l’association SOS femmes de Seine Saint Denis et Pascale Chami, psychologue clinicienne, intervenante sur le stress à l’université Paris V, et sur le traumatisme au CHU de Saint-Antoine. Une émission très instructive sur le pourquoi de ces violences dans les deux camps : pourquoi peut-on rester avec un homme violent ? Que ressent-on et comment s’en sortir ? Ré écoutable ici.

 

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Tout cela peut sembler bien peu, surtout que le Collectif national pour les droits des femmes déclare avoir peur d’être freiné par le peu de moyens donnés par le gouvernement pour mener à bien la loi de juillet. Mais c’est déjà une grande avancée pour celles qui jusqu’ici souffraient en silence et la plupart du temps dans la culpabilité et l’indifférence totale.

Rappellons à nouveau que si vous êtes victime ou témoin de violences, vous pouvez composer gratuitement le 39 19.



Le 25 novembre 2010 : toutes en jupe !

 Elles et ils sont nombreux, ceux qui vous diront que M. Pantalon était récepteur de toutes les passions. Laissez-moi surprendre, et vous apprendre la nouvelle, vous qui comme tant d’autres la déclinez en froufrous, en volants, en plissée, en crayon… la jupe, ici, tout près, on la décline en crachats, en insultes, en pressions.

Les combats des soixante-huitardes, leurs retombées directes sur le corps des femmes, nous les connaissons, nous les estimons, nous nous en servons tous les jours, en tant que femmes, professionnelles, mères. L’interruption volontaire de grossesse (IVG), le MLF, l’égalité salariale, la contraception, il fallait du cran à l’époque pour retourner ces “no-women’s land”. Mais nous sommes en 2010, et les filles des quartiers ont le droit qu’on parle de l’avortement pour elles aussi, de la contraception pour elles aussi, de travail pour elles aussi et de leur sécurité.

Il y a quelques semaines, Marine, 15 ans, est rouée de coups à Avignon parce qu’elle est en jupe. Oser être une femme c’est s’exposer aux représailles. Affaire classée, fait divers, circuler il n’y a rien à voir. Voilà. Et le rideau tombe… sur les filles. Aujourd’hui, à la veille de la Journée internationale contre les violences faites aux femmes, je vous demande d’écouter le bruissement apeuré des plis de celles qui, résistantes anonymes, osent dire non, dénoncer l’omerta. Aux trop timides, à celles qui ont déjà souffert, leur sont souvent proposés jogging, manches longues, voile extensible.

Quelles preuves apporter ? Une idée f(riv)olle, “toutes en jupes“, qui rassemblent au-delà des quartiers, fédère le 25 novembre plus de 15 000 jeunes par jour, 100 000 acquis en moins d’une semaine. L’engouement suscité ne provient pas d’une envie d’”apéro facebook jupe-géant”, croyez-moi. Mais d’une envie de changement, de révolution. Où la jupe se conjugue pour les femmes partout ! Sur le lieu de travail pour la secrétaire ou la cadre sup’, la prof ou l’élève, la ministre ou la syndicaliste, ou pour la simple femme dans la rue. La jupe étendard de la liberté, de l’égalité et de la laïcité ! La liberté à disposer de son corps et la liberté de conscience sont les prérequis à toute revendication. Le féminisme populaire est tout-terrain, et appelle à la reconquête de ce territoire perdu qu’est notre corps.

Nos amies féministes du monde arabe relaient notre appel, habituées aux revendications de ce type : elles avaient déjà combattu pour le port de la jellaba, au Maroc notamment. La jellaba, vêtement masculin à l’origine (les femmes devant s’entourer de l’encombrant haïk), a été adoptée par les pionnières du féminisme dans les années 1920 et 1930 comme un habit libérateur. Les femmes qui portaient la jellaba ont fait le même effet que les premières à porter le pantalon. La jellaba leur a permis d’avoir l’usage de leurs deux bras dans l’espace public. L’appel que nous avons lancé dépasse ainsi les frontières, puisque de Stockholm jusqu’à Kinshasa, du Maroc jusqu’au Québec, des femmes vont demain porter une jupe.

Figurez-vous que non, je n’aspire pas à un ministère de la jupe. J’attends simplement des professeures de nos quartiers populaires qu’elles osent enseigner en jupe, comme la fantastique Sonia Bergerac alias Isabelle Adjani, dans La journée de la Jupe. J’attends des proviseurs des écoles qu’ils ne pénalisent pas les gambettes à l’air libre, sous prétexte qu’il ne serait “pas convenable” d’accompagner notre jeunesse vers une éducation à la sexualité assumée, j’attends qu’on fasse évoluer la vendetta de bas étage qui incrimine les filles trop découvertes – “s’est faite violée, vu ce qu’elle portait faut pas s’étonner” – j’attends de toutes les femmes qu’elles dévoilent leurs jambes, le 25 novembre, par solidarité avec celles qui, en France et ailleurs, combattent toutes les formes de pression et défient la sanctuarisation de leur corps, l’intégrisme, le raccourci arbitraire de leurs droits. J’attends qu’elles soient en jupes et respectées.

Sihem Habchi, présidente de Ni Putes Ni Soumises, lemonde.fr, 24.11.10.

Et demain, le 25 novembre 2010, c’est la journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes.



Caen : des féministes gâchent la fête de miss France

Une partie des prétendantes à la couronne de Miss France 2011 devait tourner un clip rue Froide à Caen hier après-midi. Un petit rassemblement de féministes a repoussé le tournage à une autre journée.

Caen : des féministes gâchent la fête de miss France ca10_2985459_1_px_512_

14 h, Caen, au croisement de la rue Froide et de la rue Saint-Pierre. Des caméras, des photographes et quelques badauds commencent à s’attrouper. L’information a été transmise : une partie des prétendantes à la prochaine élection de Miss France va venir pour le tournage d’un clip pour la soirée du 4 décembre. Alors quelques curieux sont au rendez-vous, appareil photo prêt à crépiter. Mais ils ne sont pas les seuls.

Quelques jeunes femmes distribuent des tracts, intitulés « C’est peut-être bientôt Noël, mais nous ne serons jamais des dindes… » Au moment où les Miss France arrivent en trottinant, une petite douzaine de manifestants les suit à la trace en scandant à tue-tête : « On n’est pas du bétail, ni des moules à gâteau. » Toute la troupe s’infiltre dans la rue Froide, où devait avoir lieu le tournage. Devant l’agitation et les cris des manifestants féministes, la production de l’émission Miss France préfère envoyer les jeunes reines de beauté dans un magasin de vêtements.

Un dialogue houleux entre les perturbateurs et ceux qui étaient venus admirer les Miss régionales s’engage. « La beauté, c’est artificiel », lance une jeune femme. « Je préfère la chirurgie esthétique », murmure un homme, apparemment peu sensible au discours féministe. « Ça me choque qu’on donne des notes à des personnes qui défilent en maillot de bain », appuie une autre. L’ambiance s’échauffe un peu quand un moustachu d’une soixantaine d’années assène un « Fermez-la ! » définitif.

« Nous sommes ici en tant que femmes, à titre individuel. Nous ne sommes pas contre les Miss elles-mêmes, mais contre l’image qu’elles véhiculent. Pour nous, c’est « Sois belle et tais-toi ». La société nous impose des normes de beauté que beaucoup de gens cautionnent sans s’en rendre compte », argumente Sonia, la vingtaine.

Et de l’autre côté de la vitrine du magasin de vêtements, on en pense quoi ? Pour Angeline, Miss Nord-Pas-de-Calais, « elles ont le droit de s’exprimer. Je respecte qu’elles ne soient pas d’accord avec ce qu’est Miss France. Mais nous avons fait le choix de participer. Et les Miss ne sont plus des potiches, nous sommes toutes en études supérieures ou au travail. En 2011, « Sois belle et tais-toi », c’est révolu », se défend la jeune femme.

Après une heure à attendre que les manifestants se découragent – sans succès -, l’équipe de tournage tente de filmer quelques plans. Difficile quand une dizaine de personnes se placent entre la caméra et les acteurs. Les Miss régionales repartent en monospaces, la séquence sera tournée un autre jour. Cette fois-ci, la production ne donnera pas l’heure et le lieu.

Nicolas Loisel, Ouest-France, caen.maville.com. Photo : Jean-Yves Desfoux.



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