Elisabeth Badinter anti écolo ?

Posté le 9 April 2010

Dans Le conflit, la femme et la mère (Flammarion, 2010), la philosophe dénonce les nouvelles menaces qui planent sur le difficile parcours des femmes vers l’égalité. A trop insister sur leur nature maternelle, nous risquons de les renvoyer dans leur foyer. Une thèse que réfutent les écologistes, qui ont violamment réagi. Elle leur répond.

Êtes vous antiécologiste ?

Non, ce sont les thèses de l’écologie radicale que je réfute, celles qui défendent la nature en réassignant aux femmes leurs tâches ancestrales. Je suis attaquée à propos des couches lavables, par exemple. Elles créent des servitudes volontaires pour une finalité transcendantale qui serait la sauvegarde de la nature. Pour sauver les arbres, il faut asservir les femmes … et que l’on ne prétende pas que les hommes sont prêts à s’y mettre ! En France, les femmes effectuent toujours 80% du travail domestique.

Comment expliquez vous la violence des réactions à votre livre ?

Il y a un débat chez les féministes qui rend la cause des femmes inaudible. Prenons la discution sur l’allaitement : je n’ai aucun parti pris. Chacun est libre. Mais les normes qui prônent l’allaitement exclusif pendant les six premiers mois du bébé ont des répercussions sur la vie des jeunes mères. Elles se disent qu’elles vont arrêter de travailler quelque temps. Or, la crise rend le retour sur le marché de l’emploi difficile. Cela ne fait pas plaisir aux féministes naturalistes, mais les conséquences sur l’indépendance financières des femmes sont réelles. C’est toujours au nom du retour à la nature que l’ont met celles ci à la maison. C’était déjà le mot d’ordre de Rousseau. Aujourd’hui, cela peut recommencer au nom de la planète et du bonheur familial. Ce livre là est pour réveiller l’attention.

Psychologies Magasine d’avril 2010, propos recueillis par H.D.

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