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Archive pour March 2010

Ça bouillone à Istanbul : portrait de quatre insoumises

LE MONDE BOUGE – Voilées ou non, quatre femmes libres et frondeuses sont dans leur domaine – art, culture, politique… – des pionnières qui inventent la Turquie de demain

Sur la toile, une femme nue nous toise, un enfant blotti entre ses cuisses généreusement ouvertes. En arrêt devant elle, deux jeunes Stambouliotes, voilées, pouffent de rire. Sont-elles choquées ? Conquises ? C’était fin février, dans l’une des nombreuses galeries d’art qui jalonnent la longue artère piétonnière d’Istiklal, coeur de la movida stambouliote, le temps d’une rétrospective consacrée à Semiha Berksoy (1910-2004), cantatrice turque légendaire, diva, peintre reconnue et, surtout, femme libre et foncièrement pionnière. Entre les étudiantes voilées et l’extravagante Semiha, qui n’hésitait pas à se faire photographier nue à plus de 90 ans, un monde. Ou un aperçu des «incroyables contradictions qui résument aujourd’hui le statut des femmes d’Istanbul », comme dit l’universitaire Hulya Tanriöver, spécialiste des médias et des femmes… Complexe, diverse, cacophonique, la mégapole est à l’image de ses habitants, mais peut-être plus encore de ses habitantes…

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La comédienne Esmeray
Quartier de Beyoglu, à deux pas d’Istiklal Caddesi, sur laquelle déambulent trois millions de passants chaque jour, dit-on. Dans une petite salle de théâtre aux briques rouges, au deuxième étage d’un immeuble au charme décrépit, les rires fusent. Sur scène, une comédienne en peignoir satiné, qu’on jurerait tout droit sortie d’un film d’Almodóvar, joue Une femme seule, de Dario Fo, histoire kitsch et drolatique d’une femme au foyer au bord de la crise de nerfs avec douze enfants, mari jaloux, beau-frère handicapé mais actif sexuellement, voisin voyeur et amant envahissant. « Une parabole de ma vie, non ? » plaisante Esmeray, la quarantaine rousse et vedette comblée de la soirée. « Je suis kurde, transsexuel et féministe ! Autant dire que je suis baisée de tous les côtés. »

Figure de la scène alternative stambouliote, Esmeray s’est fait connaître avec un stand-up décapant où elle racontait son parcours de garçon kurde, né dans un village de l’Est turc, et devenu femme à Istanbul, puis ses années de galère comme prostituée -« impossible de trouver un autre travail quand on est transsexuel», et son engagement féministe. Gonflé, dans un pays censé compter le plus de travestis et transsexuels après le Brésil mais qui « continue à les considérer comme des monstres », où les transsexuels se font régulièrement violenter par les forces de police. Mais Esmeray ne lâche pas. L’an dernier, elle s’est pourvue en justice après s’être fait agresser par deux policiers, devant un commissariat de Taksim, une « quasi-première en Turquie, car les transsexuels ont peur de porter plainte ». Elle milite « pour un changement des mentalités ». Combat difficile, reconnaît-elle, « tant la crispation est grande, depuis l’arrivée au pouvoir de l’AKP, sur la question de l’homosexualité, des minorités sexuelles. Nous sommes toujours dans une démocratie illusoire. Mais ça avance, peu à peu. » Le 8 mars dernier, Journée des femmes, le quotidien Hürriyet consacrait un article à Esmeray. Signe que les temps changent ?

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Patrick Swirc pour Télérama

 

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“Arrêtons de croire à la guerre des sexes !”

J’ai lu cette interview dans le numéro de mars de Psychologies Magasines et je l’ai trouvée passionnante, inattendue et sujet à réflexions. Voici un copier-coller de sa version numérique.

Belinda Cannone est professeure de littérature comparée, essayiste, romancière. Elle n’a qu’une quête : celle de la liberté. Avec La Tentation de Pénélope, son nouvel ouvrage, elle veut en redonner le goût à toutes les femmes. Et les inviter à dépasser les idées reçues et leurs propres préjugés. Rencontre.

Psychologies : Le 8 mars se tient la journée de la Femme. Vous allez la célébrer ?

Belinda Cannone : [Rires.] Il y a eu un temps où j’ai tenu à y participer, en manifestant, pour montrer qu’il y avait là quelque chose à penser qui n’était pas résolu. Mais, aujourd’hui, où il n’y a pas un jour de l’année qui ne soit consacré à une célébration, cela n’a plus vraiment de sens.

Vous êtes pourtant toujours féministe, non ?
B.C. : J’ai toujours eu la conviction intime – confirmée depuis par les neurobiologistes – qu’hommes et femmes avaient potentiellement le même cerveau. Et qu’il n’y avait donc aucune raison pour que nous n’arrivions pas à l’égalité dans tous les lieux de la société. En ce sens, oui, je suis, depuis mon plus jeune âge, féministe. Mais ce n’est plus un terme facile à utiliser.

Pourquoi ?
B.C. : Il y a des mots qui finissent par être connotés si négativement que l’on ne peut plus les prononcer sans qu’ils ne fassent l’effet de repoussoirs. Je le regrette, mais « féministe » l’est devenu.

Il n’empêche, avec La Tentation de Pénélope, vous vous engagez dans ce débat.

B.C. : Dans l’éventail des positions féministes actuelles, il y en a deux qui ont gagné du terrain, et qui me semblent dommageables. D’une part, le féminisme qui, je crois, triomphe désormais dans les esprits, notamment en France : le différentialisme(1), qui reste pétrifié sur cette différence entre les sexes dont il veut partir pour conquérir l’égalité. D’autre part, les gender studies (2) [« études sur le genre », ndlr], pour lesquelles, au contraire, il n’y aurait absolument aucune différence entre les sexes. Ces deux mouvements sont, d’après moi, soit régressif pour le premier, soit illusoire pour le second.

Comment vous situez-vous ?
B.C. : Contrairement aux gender studies, je dis que bien sûr il y a de la différence objective, physiologique entre les sexes. Mais contrairement aux différentialistes, j’ajoute que cette différence physiologique ne nous conditionne pas. L’humain est un bipède terrestre. Cela l’empêche-t-il de voler ou de nager ? Et c’est cela un être humain : un être qui, à partir des données physiologiques telles que la différence des sexes, est capable d’infiniment de possibles, capable de se réinventer constamment. Pour preuve, toutes les sociétés primitives passent par quantité de rites initiatiques pour définir le féminin et le masculin. C’est dire que la donnée physiologique de départ est insuffisante… C’est la civilisation et l’histoire qui construisent et figent les représentations du féminin et du masculin.

Pourtant, la psychanalyse considère que nous appréhendons le monde à partir de notre expérience corporelle et que notre identité physique influe sur notre identité psychique…

B.C. : Je suis très intéressée par la psychanalyse, qui donne, à mon sens, l’un des points de vue les plus riches sur le développement du psychisme. Mais je suis embarrassée par le fait qu’elle réinstalle la différence des sexes au fondement de la vie psychique avec la même force, la même « naturalité » que le fit la biologie au XIXe siècle. Je prends pour exemple un texte de Freud, « La Féminité » (« La Féminité », in Nouvelles Conférences d’introduction à la psychanalyse de Sigmund Freud (Gallimard, “Folio essais”, 1989)), passionnant, mais qui propose aussi un bouquet de stéréotypes : on y lit que les femmes ont moins de force pour sublimer les instincts, que dès 30 ans, elles sont exsangues parce que leur pénible évolution vers la féminité a épuisé toute leur énergie, etc. En lisant cela, je me dis que même un esprit libre et génial comme le sien est soumis aux clichés de son époque et répercute dans sa théorie ce qu’il entend dans la bouche de ses patientes. Et c’est normal : à partir de quel autre matériau travaillerait-il ? Seulement, ces patientes sont aux prises avec les a priori de leur temps. Mon point de vue à l’égard de la psychanalyse, sur ce terrain-là, est donc celui du doute.

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La fermeture des maisons closes remise en question

59% des Français sont favorables à la réouverture des maisons closes, paraît-il.

La presse commentait ce sondage la semaine dernière à grand renfort de titres racoleurs. 

Est-ce que cette désuète question n’est pas l’arbre qui cache la forêt ? C’est-à-dire la précarisation croissante des prostituées. En chaque Français un nostalgique sommeille. Dès qu’on lui parle maisons closes, il pense bordels. Certes les maisons de tolérance, le Chabanais, le One Two two ne manquaient pas de charme.

Mais, alors que la réouverture des maisons fait la une de l’actualité, on n’a pas songé à demander leur avis aux putes de tout sexe, les principales intéressées.

Aujourd’hui, elles abordent le sujet lors des 4ème assises de la prostitution qui se tiennent au Sénat le 24 mars, à l’invitation de la sénatrice Alima Boumédienne-Thiery (Les Verts).

Au programme de ce rassemblement organisé par le collectif Droits et Prostitutiond dont nous interviewons ci-dessous l’un des représentants, les questions de l’Internet et de la prostitution et celle de la pénalisation des clients seront également abordées.

L’époque des maisons closes eut son âge d’or, mais elle est révolue depuis le 13 avril 1946, lorsque fut votée la loi dite Marthe Richard (ce qui permit d’ailleurs aux clandés de se développer…).En 1991, déjà, Alphonse Boudard, a qui l’on posait cette question de la réouverture des bordels, était assez sceptique : « Non, ce n’est pas possible de les rouvrir parce que c’est le passé. La marine à voile, quoi. »

Le 25 mars le ministère de l’intérieur met en place un groupe de travail dont le but est de lancer une réflexion sur les maisons closes en s’inspirant de ce qui se fait en Hollande ou en Suisse, notamment. Aucune association représentative des prostituées n’est conviée à cette réflexion. On ne les entend pas plus quand elles réclamenl’abrogation de la loi sur le racolage du 18 mars 2003 instaurée par Nicolas Sarkozy.

A l’époque, écrivions-nous, « le ministre de l’intérieur entendait arrêter le trafic d’êtres humains. Cette loi n’a pourtant jamais conduit devant la justice les souteneurs et responsables des réseaux de traites… Au contraire, elle a contribué à marginaliser les travailleurs et travailleuses du sexe, les mettant à la merci des proxénètes  ».

Le 24 mars, au Sénat, les putains, prostituées, putes, travailleurs du sexe, femmes galantes ou de petite vertu, filles de joie, femmes, hommes, trans, seront réunis pour demander encore l’abrogation de cette loi et pour rappeler tout simplement qu’ils existent.

 

La fermeture des maisons closes remise en question assises2010affiche

 

www.agoravox.fr

Vous pouvez en apprendre plus sur l’association Droits et Prostitutions et trouver de nombreuses informations sur les droits des prostitué(e)s en cliquant ici : http://www.droitsetprostitution.org/



Gagnez un ovule ! Ou comment faire un peu plus du corps des femmes un objet commercial.

Grande-Bretagne – Une clinique spécialisée dans la fertilité a décidé de lancer un concours un peu spécial auprès de ses clientes. Le premier prix de celui-ci est un ovule, dans le but de promouvoir un nouveau service de la clinique : la sélection de profil du futur bébé

L’opération ressemble plus à un coup marketing qu’à un véritable concours. La clinique Bridge Centre, spécialisée dans la fertilité, a décidé d’organiser un concours un peu spécial dont le premier prix est un ovule conçu “sur mesure” pour répondre aux attentes des parents concernant le profil de leur futur bébé. Ainsi, le Sunday Times révèle que la grande gagnante de cette opération sera en droit de choisir son ovule en fonction du milieu social de la donneuse, de son éducation, ou même de ses “caractéristiques raciales“. Une fois que la lauréate aura déterminé l’ensemble des caractéristiques qu’elle souhaite pour son futur enfant, une donneuse sera identifiée et lui fera don d’un de ses ovules.

Mais Métro France de préciser que les caractéristiques de ce concours sont toutefois complètement illégales en Grande-Bretagne. Pas de problème pour les organisateurs, qui ont décidé de contourner le problème, en précisant que la donneuse sera de nationalité américaine, les Etats-Unis autorisant ce genre de pratique. La gagnante du concours devra également se rendre outre-Atlantique pour se voir inséminer l’ovule gagnant. A noter que la clinique a précisé à l’AFP que la fécondation offerte avait une valeur de 14 300 euros.

www.zigonet.com.



« Mon concubin m’a tapée plus que d’habitude »

Depuis dix-sept ans, Eléonore Mercier est « écoutante » : salariée d’une association, elle répond au téléphone à des femmes qui appellent pour violences conjugales. Elle a noté scrupuleusement chaque première phrase prononcée à chaque appel.

« J’ai découvert combien elles contenaient à elles seules des vies tout entières » dit-elle de ses entames de conversation. P.O.L. publie son premier livre (à paraître le 11 mars 2010), « Je suis complètement battue ». Un étrange objet qui rassemble 1653 de ces premières phrases.

En voici un extrait.

« Je suis complètement battue

Mon père est violent avec toute la famille

C’est pour ma voisine qui ne veut pas se manifester avec trois enfants qui meurent de faim

Je me suis remariée avec mon mari parce que je l’aimais

C’est pour une femme qui est terriblement paniquée à mes côtés

Mon mari me tape, je suis enceinte et j’ai déjà perdu le premier sûrement à cause de lui

Mon mari menace de nous tuer moi et les enfants

Je suis infirmière, j’appelle pour un cas qui va se terminer en crime sous peu

Mon mari est violent et armé, j’ai peur pour ma vie

Je souffre depuis des années

Je vous appelle parce que mon concubin m’a tapée plus que d’habitude

C’est pour ma sœur qui travaille dans la société de son mari et n’a pas le droit de téléphoner

C’est pour une amie qui reçoit des coups gratuits

J’ai un mari qui n’aime pas la société

Je voudrais partir loin

Je vis avec mon mari et sa mère, ils veulent tous les deux que je parte

Je ne sais pas ce que ça va donner, j’ai honte de ce que je vis

Mon mari m’a fait signer un papier pour être placée

J’emploie une personne qui ne vient pas depuis deux jours

J’en suis réduite à vous appeler mais je ne crois plus en rien

Je suis à l’hôpital, j’ai voulu me suicider

Mon mari m’a battue hier soir devant mes parents

Ma fille est mariée depuis 10 ans et battue depuis 10 ans

On vient de s’apercevoir qu’une collègue est battue par son mari

J’ai divorcé de mon mari qui me battait, il me harcèle pour revenir

J’ai trouvé un logement mais j’ai peur qu’il vienne me faire la peau

J’aurais voulu savoir ce que vous pouvez me proposer pour vivre sans violences

Mon conjoint est quelqu’un qui me tape

Je voudrais savoir par quel biais je pourrais réintégrer le domicile

Ma sœur ne peut plus rester chez elle, son mari la bat et lui coupe les vivres

J’ai des problèmes avec mon mari mais j’hésite toujours

Je vis avec un homme méchant

J’ai l’impression que je suis en train de mourir, avant j’étais gaie

J’envisage de divorcer mais ça m’est très difficile

Je sors d’une situation épouvantable, j’ai besoin d’en parler

J’ai dans mon bureau une femme qui présente des traces affreuses de morsures

Mon mari m’agresse sous forme de chantage

Ma fille a déjà appelé pour moi, j’ai décidé d’en finir

Je sombre dans la déprime

J’appelle pour une femme qui est dans un état de détresse inimaginable

Si le téléphone est raccroché c’est pour une raison ».

Eléonore Mercier – www.rue89.com – article proposé par Aude Du Sartz.

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