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La « prostitution étudiante » ? Une invention très médiatique

Posté le 26 January 2010

       S’il est un opportunisme grandissant dans notre société, c’est bien cette tendance à vouloir dénoncer les « tabous », au nombre desquels est censé figurer la « prostitution étudiante ». Un documentaire intitulé « Mes chères études » écrit et réalisé par Emmanuelle Bercot, a été diffusé sur Canal + lundi dernier et évoquait à nouveau le thème, après un matraquage publicitaire deux ans plus tôt, accompagnant fort opportunément la parution d’un récit dit « vrai » et d’une étude pseudo-sociologique sur le sujet…

      Ah il faut dire que le phénomène est rentable et part d’une réalité avérée ! Tout le monde sait bien que les étudiantes, à la sortie de leurs cours, sont contraintes de se faire culbuter pour une poignée d’euros… Que voulez-vous qu’elles fassent d’autre ? Il faut bien remplir le réfrigérateur et payer les factures… Ce qu’il y a de pratique avec les clichés, c’est la simplification qu’ils offrent. Dans le cas de la « prostitution étudiante », non content de se trouver dans le vrai fantasme de film porno, on affole la machine masculine.  Décryptage.

         La « prostitution étudiante » est un cliché, au même titre que celui de la secrétaire sexy, de l’infirmière insatiable, de la bourgeoise coincée… Il n’est pas interdit de rêver, ni même de fantasmer mais ce qui pose problème dans l’usage inapproprié de ce terme, c’est sa dévalorisation intrinsèque de l’image de la femme. On joue sur un cliché fondamentalement machiste. Plutôt que de travailler (Est-ce qu’on parle des nombreuses étudiantes et étudiants qui travaillent au Mc Do pour financer leurs études ?), la femme baisse son pantalon (ou celui de l’homme). L’idée de « contrainte » est encore plus pernicieuse. Avec le refrain « elle y est contrainte pour payer ses études », on veut associer des idées contradictoires pour créer une image fantasmatique. Transposons l’idée au masculin : « Cet étudiant est contraint de voler ses pairs et de monter des arnaques car il veut réussir ses études »… Cela devient ridicule. D’un genre à l’autre, les propos s’annulent.

          Le deuxième aspect problématique dans l’image de « la prostitution étudiante » est la négation de la liberté de la femme. Au XXI ème siècle, les femmes (françaises) ont appris à s’émanciper. Il y a encore beaucoup à faire, c’est indéniable. Mais pourquoi ne pas leur reconnaitre et leur laisser le contrôle de leur sexualité ? Pourquoi seraient-elles contraintes de faire quelque chose qui ne leur plait pas ? C’est cette liberté de choix qu’on veut leur retirer, en actionnant un cliché vieux comme le monde.

          Car il ne s’agit en aucune façon de nier que certaines femmes se trouvent (bien malheureusement) encore aujourd’hui contraintes par des tiers, à recourir à la prostitution. C’est y accoler sa charge de misérabilisme social étudiant qui fait bondir. En ce cas, on ne peut pas parler de « prostitution étudiante » mais de femmes qui ont commencé des études et qui sont devenues des prostituées. Une femme a toujours le choix de ce qu’elle fait ou ne fait pas. En revanche, l’association de ces deux termes se révèle être une véritable invention machiste.

          F.L - Présidente-fondatrice de l’AEMF

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