Les mariages forcés – Le Républicain Lorrain

Posté le 22 January 2010

    Chaque année, des jeunes filles sont victimes de mariages forcés. Difficile à chiffrer , le phénomène est bien réel. On appelle mariage forcé toute union -civile, religieuse ou coutumière- dans laquelle l’un des conjoints se marie contre son gré sous la pression de l’entourage. En France, pour pouvoir se marier, les futurs époux doivent avoir 18 ans au minimum. Le consentement doit être mutuel, libre et volontaire. Seul le mariage civil est légal. Avant, pendant ou après une union forcée, les victimes peuvent être aidées en se confiant soit à la gendarmerie, soit à une association, un professeur , une assistante sociale, un éducateur… Pour les mineurs, la loi prévoit un soutien matériel (hébergement à l’abri de la famille), éducatif et psychologique.                                          

    A Uckange, le groupe de travail contre les violences faites aux femmes dénonce ces situations. Elle a vingt ans, elle est très belle et a le sourire de ceux qui ont connu des tragédies. A dix-sept ans, elle a été « vendue comme un paquet », victime d’un mariage forcé. Après plusieurs fugues, des violences, puis des mois de sexualité imposée par son « mari », elle finira par s’enfuir, trouvant refuge auprès d’une association. 

    L’histoire de cette jeune femme uckangeoise, originaire de l’Europe de l’Est, a ému un gendarme. « Pour la première fois l’an passé, nous avons été confronté à plusieurs incidents de ce type » rapporte l’adjudant-chef Francis Frénot, référent violences conjugales et intra-familiales pour la compagnie de Thionville. D’où sa volonté d’engager, en 2010, des actions de prévention accrues et d’informations.  Mariages forcés ou arrangés, le Haut conseil à l’intégration évalue à 70 000 le nombre d’adolescentes concernées chaque année en France, mais le phénomène reste difficile à appréhender. « C’est une réalité de terrain, même si l’on ne peut mettre un visage ou un nom sur celles qui la subissent », relève Aline Leleux, principale au collège Jean-Moulin à Uckange. Partie prenante d’un groupe de travail contre les violences faites aux femmes, les enseignants de l’établissement sont confrontés au problème. Un professeur d’histoire s’avoue marqué par la réflexion d’une élève qui réalise que si elle se marie, la dot sauvera les finances familiales! » On entend des histoires de fiançailles arrangées. Les négociations démarrent quand les filles ont 14 ou 15 ans… » 

   Au-delà des rumeurs, « ce qui nous permet de dire que ça existe, ce sont celles qui se sont révoltées » reprend la principale. Une révolte encore rare et qu’il faut savoir décrypter. Les plus rebelles n’ont qu’une alternative: tout faire pour ne plus être mariables » explique l’adjudant Fenot. » Quand elles comprennent ce trame leur famille, elles vont devenir injurieuses, s’alcooliser, développer des idées suicidaires… » L’officier relate encore l’exemple d’une bonne élève, déscolarisée du jour au lendemain et signalée comme fugueuse. En réalité mariée entre-temps. On ne peut se contenter de lutter contre les violences physiques. Le mariage forcé est  aussi une forme de violence qui concerne les plus jeunes » insiste le gendarme. Mais ces situations sont toujours complexes. L’union arrangée finit parfois par être acceptée tant le poids des coutumes et de la communauté familiale est lourd. « Le mot n’est d’ailleurs jamais prononcé par les victimes », explique Marjorie Dardar, permanente pour l’association thionvilloise d’aide aux victimes(Atav).  Pourtant, si ces femmes acceptent de dénoncer la situation, des solutions existent. Dès qu’elles ont connaissance du problème, les autorités peuvent proposer un hébergement loin de la famille. Une solution dont a bénéficié la jeune fille qui, l’an passé avait tant ému l’adjudant-chef  Fenot. « Elle s’en est sortie malgré tout et contre tous. » 

   Source : le Républicain Lorrain, relevé par Mathieu Belza.

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