Le droit à l’IVG attaqué de toutes parts – L’Humanité

Posté le 17 janvier 2010

       200 000 refus d’IVG sont constatés en France chaque année. Marie-Laure Brival, obstétricienne de la maternité des Lilas, elle, dénonce un retour en arrière.« Assiste-t-on à un recul du droit à l’avortement? »  la loi de 2001 est différemment mise en pratique, et remise en cause. La limitation des centres d’orthogénie fait partie de ce phénomène. A certains égards , c’est comme si on était aux premiers temps de la loi (sur l’IVG ). De nombreux services refusent de prendre les IVG au-delà de dix semaines de grossesse , ainsi que les mineures non accompagnées de leurs parents ou les femmes sans papier. 

     D’autre part, beaucoup de médecins refusent en se retranchant derrière la clause de conscience. A chaque femme de se débrouiller pour trouver un hôpital. D’ailleurs, les hôpitaux n’ont pas non plus de sanctions s’ils ne font rien pour l’organisation de la prise en charge des IVG. Le délai moyen pour avorter est maintenant de deux à trois semaines. « Pourquoi certains médecins sont-ils si frileux? » Ils n’ont jamais intégré l’avortement dans la pratique de leur métier. En 1975, refuser  de pratiquer un avortement relevait de la non-assistance à personne en danger. Maintenant, l’idée réapparait que les femmes utilisent l’avortement comme un moyen de contraception , ce qui est totalement faux. Certains documents en viennent à poser des restrictions ou refusent carrèment de pratiquer des IVG.  « L’IVG est-elle toujours un tabou dans notre société? »  Oui, même les femmes ont intégré la notion que l’avortement c’est mal. On assiste au retour de l’idée que les femmes doivent porter des enfants. Avec le développement de la médecine foetale et de l’imagerie médicale, l’embryon est devenu une réalité anthropologique. Jusqu’au début des années 90, une femme qui faisait une couche ne perdait pas son enfant. Avec la déclaration des enfants nés sans vie sur le livret de famille, on entretient une confusion permanente entre foetus et embryon. 

       En Ile-de-France, avorter tient du parcours de la combattante. Depuis la fermeture du centre IVG de l’hôpital Tenon en juillet, les patientes sont redirigées vers Saint-Antoine. Mais le  centre d’orthogénie est aussi menacé. Les femmes devraient ensuite être aiguillées vers Trousseau. A quand la prochaine fermeture? A Saint-Antoine, les femmes venues pour une IVG cotoient celles qui sont venues pour des grossesses pathologiques et des problèmes gynécologiques. La proximité entre femmes enceintes et femmes ayant subi une IVG est difficile à gérer. C’est encore pire depuis la fermeture du centre d’orthogénie de Tenon: les demandes et les délais d’attente de trois semaines ont  augmenté.

      « Dans le service, on se retrouve avec plus de personnes que de lits, soupire Anne Bonini, sage-femme. On n’a pas un nombre fixe de lits, on les attribue en fonction des besoins. Les femmes ayant subi une IVG médicamenteuse se retrouvent en salle d’attente car les chambres sont réservées aux IVG nécessitent une anesthésie.» «Cette situation est quotidienne » constate une autre infirmière. Avec 700 IVG par an, le service fonctionne. Mais la question de son maintien ne semble pas préoccuper la direction de l’hôpital. « L’IVG, on n’en parle pas! S’exclame Anne Bonini. On accueille tellement de femmes qu’on devrait penser à agrandir le service plutôt que de le fermer. Aujourd’hui, on s’inquiète pour l’avenir des femmes qui souhaitent avorter ». En Ile-de-France, l’offre d’IVG s’est réduite de 25%, au détriment de l’intérêt des patientes. 

       Autre témoignage: celui de deux femmes qui ont vécu une expérience difficile.  Mathilde, 24 ans, a subi un avortement il y deux ans dans un hôpital de province. Elle a été « révoltée » et même « horrifiée » par l’accueil à l’hôpital. Son expérience témoigne de  la fragilité de l’acquis de l’IVG, menacé par des restrictions budgétaires et un retour insidieux à l’ordre moral.  Tout commence sur Internet, dans les forums féminins vampirisés par les lobbies anti-avortement. « Ils essayent de dissuader celles qui viennent demander conseil pour avorter avec des réponses assez dures ».

       Mathilde, elle a pris sa décision. Le planning familial, puis deux semaines après, le jour de son intervention. La, surprise. L’ambiance est tout sauf rassurante. Peinture écaillée, sol dégoûtant, et surtout, personnel désinvesti, voire désagréable. « Ils étaient indifférents, avec l’air de penser que les femmes font ça avec désinvolture. » Comble du mépris, on place Mathilde dans une chambre d’où elle entend distinctement les cris des femmes qui accouchent.  Des minutes insupportables. « Un médecin s’est même permis de montrer l’échographie du foetus. Une image qui a profondément choqué mon compagnon. » Mathilde le sait :  son témoignage ressemble à d’autres, symboles de la difficulté de reconnaître l’IVG comme un acte médical classique. Pour preuve, en cas d’IVG, l’avortement est trois fois moins payé pour le praticien qu’en cas de fausse couche. Pas de quoi motiver une jeune génération de praticiens peu sensibilisés aux luttes de la loi Veil. 

       Elodie, elle, ne s’est pas rendue à l’hôpital. Mais elle a ressenti le même malaise quand elle est entrée dans le cabinet de sa gynécologue pour demander la pilule abortive. « Elle a été plus que limite. Quand elle a vu la nationalité de mon compagnon, j’ai même eu droit à un: « Et en plus c’est un étranger. » Odieux. Elle n’a m’a rien expliqué de cette pilule. Elle s’est juste contentée de me la donner avec un verre d’eau en me disant de revenir dans deux jours. Comme si c’était honteux! » Evidemment, ces témoignages ne valent pas généralité. Mais cette défiance larvée à l’égard de l’avortement ne peut qu’inquiéter. Surtout dans un contexte où le discours politique exalte la famille traditionnelle et reste indifférent à la fermeture de plusieurs unités d’IVG dans les hôpitaux publics. A Paris, trois centres ont du mettre la clé sous la porte (Tenon, Broussard et Jean-Rostand) alors qu’ils assuraient le quart des IVG d’Ile-de-France.  Professionnels et militants sont inquiets. «L’avortement, c’est la dernière roue du carrosse » tempête Christophe Prudhomme, (CGT) urgentiste à l’hôpital Avicennes où l’unité IVG est elle aussi menacée. « On profite des regroupements d’hôpitaux pour rogner sur les droits des femmes » résume Jean-Marie Sala (SUD santé-sociaux). Et de rappeler que ce service concerne des femmes issues de milieux défavorisés qui ne peuvent pas s’offrir de places en clinique. 

      Il convient de préciser le rôle des lobbies en Europe, continent où l’IVG est répandu, mais commence à être parfois remis en cause. Les féministes polonaises le rappelent: dans leur pays, l’avortement a été autorisé pendant 40 ans, puis interdit. Le désengagement de certains états européens n’est donc pas nouveau. On voit l’apparition de tels lobbies en Espagne, Italie, terres catholiques et sous influence de gouvernements conservateurs, comme Berlusconi en Italie, voire en France et en Belgique. Pour ces mouvements anti-IVG, ou pro-vie, le foetus est un être humain. 

Source : L’Humanité du 14.11.2009, récolté par Mathieu Belza.

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